montrer Hengshan et Wulumuqi tenir
en croisant les feux de la Chine -

lors regarder le rouge après la pluie (
et au lieu d’une politique des escaliers
nuls, horizontaux, cerclant au centre
comme un océan, d’asphalte prisonnière) notre

histoire : rendre la femme et son tout petit chien
oubliés, dans la rue, écrite au quotidien,
nous – la communauté impossible.

Waitan : The Bund – “bund” en ourdou – le quai
où le touriste, intérieur, révise

l’histoire et la géographie globale (
l’architecture du futur et les Etats-Unis
du pétrole que charrient, péniches, les enfants
de l’opium de la vieille Europe) de la banque.

Et elle, loin de la vigilance avide, fixe, des tours,
dans le ciel, ironique, l’envers, encore, du décor
sinon le vertige, tout ce qui sort du cadre :

à Marc Perrin

Huangpu jiang entre les deux rives
de l’enfance où nous naviguons – certes

jaunis, penchés sur un théâtre des surfaces (
où regarder ? la terre, si nous devons
rêver, piquetée par les grues où s’arrache
quelque exposition) à déchiffrer

sur la poupe – divers, chacun plié aux art-
iculations d’ensemble, suivant la vogue vers
pavillon des ombres publiques.

pour Jean-Philippe

hier courant dans le Fuxing gongyuan au milieu des mémés en pyjama violet
qui tournaient sur elles-mêmes
avec des éventails

en écoutant l’album de Kanye West
acheté au magasin des oeuvres piratées pour – ou contre – vingt-quatre yuans
(deux euros cinquante environ)
et songeant

que ce qu’ils appellent le hip-hop est de la danza fascista, qu’on n’entendit jamais musique plus consonante à promener des flux                 dans les corps, crachées les arrêtes de la langue                   sur les parkings dans de la bière         un rot            et que les bruits de larmes et mitraillettes ensemble disent une seule chose : tu dois danser, danser et recevoir ces phrases, couler dans votre sang et recevoir danser, et oublier ceux des accents qui découpèrent une bouche dans un petit rond dieu le verbe l’amène

,

aujourd’hui se rendant                             au café japonais
prenant les pieds dans de la langue
expliquant en chinois ce que lui a dit l’éditeur
et rendant compte de son                                   week-end à la montagne (

une butte
après une heure de bus au milieu des poufiasses
lisant des brochures de mode sur leur ipad assises
et laissant crever les grand-mères
extuénuées, ridées, debout, tassées, cernées

dans les nids de poule de la nature

au milieu d’une ville sans sud
du même gris béton ah ah
autour d’un rien
cernées deux rues aussi
oh oh vieille tradition

et de travaux goût de bouchon

(la semaine pleine d’entassés aux pa-
ges mal tournées

pour celui qui voudrait y mater
l’autre côté des peaux )

ils descendaient au milieu des klaxons, le soleil faisait luire
les saucisses, le concert de tambours rythmait la coulée de familles, montant et descendant la butte en prenant des photos, Suzhou la belle

des usines de                        blanches, grises et noires qui s’emplissaient
d’un ciel de gaze)

D’abord, elle m’envoya un mail : “Toi qui connais Shanghai, tu peux me dire où faire du vélo ?”

Au café où nous nous retrouvons une fois par semaine pour s’enseigner réciproquement nos langues, Chen Ci m’apporta un plan de ville : “Je suis née à Shanghai il y a 24 ans mais je n’en connais que des malls – et le calendrier des soldes ; j’ai décidé de changer ça – et découvrir ma ville.” Amusé et, je m’en rends compte un peu étonné, fier d’elle, je gribouille sur sa carte des trajets et des pistes cyclables.

Le lendemain, elle posta une annonce sur un forum d’expatriés (seuls les Blancs, dit Chen Ci, comprendront mon projet), sélectionna un Écossais de quarante-et-un ans – je n’ai jamais fait de sport, il me faut le plus vieux pour qu’il n’aille pas trop vite – et samedi dernier ils partirent ensemble, l’un derrière l’autre, l’Écossais en casque et routier, et la Chinoise, en jean sur le vélo de ville de sa soeur, tête en avant dans la capitale des malls.

C’était la première fois qu’elle s’éloignait suffisamment des stations de métro : “Cela me rend à peine croire que je suis toujours à Shanghai ; Comme peut-Shanghai sera présente moins de monde – et le calme dans la journée !” m’écrit-elle étonnée, dans son français google translate, pour raconter son expérience. La semaine prochaine, elle s’achète un vélo.

Au temple de Nanxiang :  une jeune
fille comme moi vêtue, à genoux, prie

les dieux et les bouddhas de la fabrique (
démon, sous breloques et plaquettes
votives, portes-tu des sous-vêtements ?
les morts changent de parures) également

locale ; mais les photographes fixent   
des reflets noirs dans le canal ; son cuir,
objectif, ne défiera plus notre impuissance.

Yan’an lu, les piliers cassaient :
l’échangeur ne pénétrait pas

la terre et l’acier bleu blessait (
le vieux dragon des géomanciens
désertera son troglodyte contre une
icône sur la ville, tatouée) son cuir

sauvage. La poésie de masse,
des ingénieurs et des néons, aménage des voies
multiples aux mêmes superstitions.

Huting lu me rendait au lycée, selon l’agence
immobilière aux douze employés

chantant matin, dansant, le poing (
mutilée, l’équipe mimant l’ancêtre, rugby
sauvage ; avant le sublime
affrontement, il singe l’animal) levé

sous la pluie que les roues du taxi-
scooter me rendent sans sel, des jantes,
giclant larmes de poésie automatique.

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